Ventre gonflé et ballonnements : et si c’était un syndrome de l’intestin irritable ?
Avoir le ventre gonflé après les repas, se sentir serré(e) dans ses vêtements en fin de journée, avoir des gaz ou l’impression que certains aliments ne passent pas… Les ballonnements sont fréquents et peuvent vite devenir gênants au quotidien.
Face à ces symptômes, le premier réflexe est souvent de chercher quel aliment supprimer : les produits laitiers, le gluten, les légumineuses, certains fruits… jusqu’à parfois réduire considérablement son alimentation et déséquilibrer son assiette.
Il faut savoir que les ballonnements peuvent avoir différentes origines et ne signifient pas forcément que l’on digère mal un aliment en particulier. Mais ils peuvent notamment faire partie des symptômes du syndrome de l’intestin irritable (SII), un trouble digestif dans lequel plusieurs mécanismes peuvent intervenir : hypersensibilité viscérale, modifications de la motilité intestinale, microbiote perturbé ou encore interactions entre l’intestin et le cerveau.
Avant de supprimer des aliments, il est donc essentiel de comprendre ce qui se passe.
1.Ballonnements et ventre gonflé : parle-t-on vraiment de la même chose ?
On utilise souvent les termes ballonnements et ventre gonflé pour parler de la même chose. Pourtant, il existe une différence entre le ballonnement abdominal et la distension abdominale.
Le ballonnement correspond avant tout à une sensation : impression d’avoir le ventre plein, tendu ou comme un ballon. Cette sensation peut être présente même lorsque le volume de l’abdomen augmente peu ou même pas du tout visuellement..
La distension abdominale correspond à une augmentation visible du périmètre abdominal. C’est typiquement ce ventre qui parait beaucoup plus gonflé au fil de la journée ou après certains repas.
Les deux peuvent être associés, mais pas systématiquement. Cette distinction est particulièrement intéressante dans le syndrome de l’intestin irritable, car les symptômes ne dépendent pas uniquement de la quantité de gaz présente dans l'intestin. Une hypersensibilité viscérale peut notamment rendre douloureuses ou inconfortables des distensions liées au fonctionnement intestinal et qui, chez une autre personne, passeraient inaperçues.
Autrement dit, avoir la sensation d’être très ballonné ne signifie pas nécessairement que votre intestin produit une quantité anormalement importante de gaz.
2.Pourquoi peut-on avoir le ventre gonflé ?
Dans le syndrome de l’intestin irritable, plusieurs phénomènes peuvent intervenir et se combiner, ce qui explique en partie pourquoi les symptômes sont très variables d’une personne à l’autre.
Une hypersensibilité de l’intestin
Chez certaines personnes souffrant de SII, l’intestin présente une hypersensibilité viscérale. Des phénomènes normaux, comme sa distension ou les mouvements liés au péristaltisme (mouvements intestinaux), peuvent alors être ressentis de manière beaucoup plus intense et devenir inconfortables, voire douloureux.
Cela permet aussi de comprendre pourquoi l’intensité des ballonnements ressentis n’est pas toujours proportionnelle au gonflement réel du ventre.
Une motilité intestinale perturbée
Le SII peut également s’accompagner de modifications de la motilité digestive, avec une accélération ou au contraire un ralentissement du transit. Selon les personnes, cela peut participer à des symptômes très différents : constipation, diarrhée, alternance des deux, mais également inconfort et distension abdominale.
La fermentation par le microbiote intestinal
Certaines substances qui ne sont pas ou qui sont mal absorbées dans l’intestin grêle arrivent jusqu'au côlon, où elles peuvent être fermentées par les bactéries intestinales. Cette fermentation entraine notamment une production de gaz.
C’est précisément l’un des mécanismes impliqués avec les FODMAP, ces glucides à chaine courte dont nous reparlerons plus loin dans cet article.
Mais cela ne signifie pas pour autant que la fermentation est mauvaise ou qu’il faudrait chercher à supprimer tous les aliments qui fermentent. Certains FODMAP ont notamment un effet prébiotique intéressant pour le microbiote, ce qui explique pourquoi leur éviction n’a pas vocation à être permanente.
L’axe intestin-cerveau
Enfin, l’intestin et le cerveau communiquent en permanence : on parle d’axe intestin-cerveau. Cette communication est bidirectionnelle. Les signaux provenant de l’intestin peuvent influencer la perception de la douleur, tandis que des facteurs psychologiques peuvent à leur tour modifier le seuil de perception de cette douleur ou certaines fonctions digestives.
C’est notamment l’une des raisons pour lesquelles le stress peut amplifier les symptômes digestifs, sans pour autant signifier qu’ils sont « dans la tête ».
Tous ces mécanismes montrent finalement pourquoi il est difficile d’attribuer systématiquement un ventre gonflé à un seul aliment. Et surtout, avoir régulièrement des ballonnements ne suffit pas à conclure que l’on souffre d’un syndrome de l’intestin irritable.
3.Ballonnements : est-ce forcément un syndrome de l’intestin irritable ?
Non. Avoir régulièrement le ventre gonflé ne suffit pas à conclure que l’on souffre d’un syndrome de l’intestin irritable.
Le SII est un trouble fonctionnel intestinal : les symptômes sont bien réels, mais les examens ne mettent pas en évidence d’anomalie structurelle permettant d’expliquer les troubles. Il n’existe donc pas de prise de sang, d’échographie ou d’endoscopie permettant de dire directement : « vous avez un SII ». Et c’est souvent ce qui est le plus décourageant pour le patient : le manque de certitude.
La douleur abdominale est un élément important du diagnostic
Les ballonnements, la distension abdominale et les gaz peuvent faire partie du tableau, mais le diagnostic repose notamment sur la présence d’une douleur abdominale récurrente.
Selon les critères de Rome IV, cette douleur doit survenir en moyenne au moins un jour par semaine au cours des trois derniers mois et être associée à au moins deux des éléments suivants :
la défécation
une modification de la fréquence des selles
une modification de la consistance des selles
Le début des symptômes doit par ailleurs remonter à plus de six mois.
Selon le transit prédominant, on distingue ensuite plusieurs formes de SII : avec constipation prédominante (SII-C), diarrhée prédominante (SII-D), alternance des deux (SII-M) ou forme non spécifiée (SII-U).
Le diagnostic de SII doit être posé par un médecin
C’est un point essentiel : on ne s’auto-diagnostique pas un syndrome de l’intestin irritable parce que l’on souffre de ballonnements ou parce que certains aliments semblent déclencher des symptômes.
Les manifestations du SII peuvent ressembler à celles d’autres pathologies digestives ou extra-digestives. Avant d'entreprendre une prise en charge nutritionnelle spécifique, il est donc nécessaire d’avoir bénéficié d’une évaluation médicale permettant de poser le diagnostic et d’écarter les autres causes possibles.
Le diagnostic doit être établi par un médecin, idéalement avec l’avis d’un gastro-entérologue lorsque cela est nécessaire.
Parmi les diagnostics à exclure se trouvent la maladie cœliaque, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), certaines pathologies gynécologiques comme l’endométriose ou encore les diverticulites.
Cette étape est également importante avant de supprimer spontanément le gluten, les produits laitiers ou de commencer un régime pauvre en FODMAP : améliorer temporairement certains symptômes en retirant des aliments ne permet pas d’identifier leur cause.
Certains symptômes nécessitent de consulter
Certains signes doivent particulièrement conduire à consulter un médecin : perte de poids inexpliquée, anémie, sang dans les selles, fièvre, diarrhées persistantes, selles nocturnes, vomissements récurrents, apparition des symptômes après 50 ans ou encore antécédents familiaux de maladies intestinales.
Une fois le diagnostic posé, l’alimentation peut en revanche devenir un véritable levier pour mieux contrôler les symptômes. Et c’est souvent à ce moment-là qu’une question revient : « quels aliments dois-je supprimer pour ne plus être ballonné ? »
4.Pourquoi certains aliments semblent-ils provoquer davantage de ballonnements ?
Lorsqu’on souffre de SII, on finit souvent par identifier certains aliments comme responsables : le pain, les pâtes, les produits laitiers, les oignons, les légumineuses, certains fruits… Pourtant, le problème n’est pas nécessairement l’aliment dans son ensemble.
Une partie de ces symptômes peut être liée aux FODMAP, une famille de glucides qui ont la particularité d’être peu, mal, ou lentement absorbés dans l’intestin grêle ou de ne pas pouvoir être digérés par nos enzymes.
Mais que signifie FODMAP ?
FODMAP est un acronyme qui regroupe plusieurs familles de glucides fermentescibles :
Fermentescibles : utilisés par le microbiote intestinal
Oligosaccharides : notamment fructanes et GOS
Disaccharides : principalement le lactose
Monosaccharides : le fructose lorsqu’il est présent en excès par rapport au glucose
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Polyols : notamment sorbitol et mannitol
On les retrouve dans de très nombreux aliments du quotidien : certains fruits et légumes, les légumineuses, les produits à base de blé, certains produits laitiers ou encore les produits sans sucre contenant des polyols.
Pourquoi les FODMAP peuvent-ils provoquer des symptômes ?
Deux mécanismes principaux permettent de comprendre leur effet:
Certains FODMAP étant mal absorbés, leur présence dans l’intestin peut provoquer un appel d’eau dans la lumière intestinale par effet osmotique. Cet afflux d’eau participe à la distension de l’intestin et peut notamment favoriser la diarrhée chez certaines personnes.
Lorsqu’ils arrivent ensuite dans le côlon, ils peuvent être fermentés par les bactéries intestinales, avec production de gaz. Cette augmentation du contenu intestinal et la distension qui en résulte peuvent alors stimuler les nerfs de la paroi digestive et provoquer une sensation de ballonnement, d’inconfort ou de douleur.
Chez une personne présentant une hypersensibilité viscérale, caractéristique fréquemment retrouvée dans le SII, cette distension peut être ressentie de manière particulièrement importante. C’est donc l’association de plusieurs mécanismes qui participe aux symptômes.
Tous les FODMAP ne sont pas mal tolérés par tout le monde
C’est probablement l'une des notions les plus importantes à retenir : avoir un SII ne signifie pas être intolérant à tous les FODMAP.
La réponse aux FODMAP varie d’un individu à l’autre et dépend notamment des quantités consommées. L’objectif n’est donc pas de dresser une longue liste d’aliments interdits, mais de déterminer quelles familles et quelles quantités déclenchent réellement des symptômes chez une personne donnée.
Et il y a une autre raison de ne pas les supprimer inutilement : certains FODMAP, notamment les fructanes et les GOS, possèdent un effet prébiotique et participent à nourrir certaines bactéries du microbiote intestinal.
C’est précisément pour cette raison qu’un régime pauvre en FODMAP ne consiste pas à manger sans FODMAP de façon définitive.
5.Régime pauvre en FODMAP : pourquoi l’éviction n’est-elle que temporaire ?
Le régime pauvre en FODMAP est parfois compris comme une liste d’aliments à supprimer définitivement. Pourtant, son objectif n’est pas de manger le moins de FODMAP possible à long terme, mais au contraire d’identifier ceux auxquels vous êtes sensible et surtout les quantités et les familles de FODMAP que vous êtes capable de tolérer.
Pour y parvenir, le protocole se déroule en trois étapes successives.
Étape 1 : réduire temporairement les FODMAP
La première phase consiste à réduire pendant quelques semaines les aliments les plus riches en FODMAP afin d’observer l’évolution des symptômes.
Cette étape dure généralement 2 à 6 semaines. Une amélioration des symptômes permet alors d’évaluer si la personne semble répondre à cette approche.
Mais cette phase n’est qu’un point de départ. Si l’on s’arrête ici, on sait éventuellement que la diminution globale des FODMAP améliore les symptômes… mais on ne sait toujours pas lesquels posent réellement problème.
Étape 2 : réintroduire pour identifier ses propres tolérances
La deuxième étape consiste donc à réintroduire progressivement les différentes familles de FODMAP, une par une.
L’objectif est d’observer la réponse digestive et d’identifier les groupes problématiques, mais également les quantités tolérées. Cette phase peut durer plusieurs semaines (souvent 6 à 8) puisqu’il faut réaliser les différents tests de manière structurée.
C’est une étape fondamentale : deux personnes souffrant de SII peuvent avoir des tolérances très différentes. Un aliment qui provoque des symptômes chez l’une pourra parfaitement être consommé par l’autre.
Étape 3 : retrouver l’alimentation la plus diversifiée possible
Une fois les tolérances identifiées, vient la phase de personnalisation.
Les aliments bien tolérés sont réintroduits dans l’alimentation habituelle tandis que ceux qui provoquent réellement des symptômes sont adaptés en fonction du seuil de tolérance identifié.
L’objectif final est donc presque l’inverse d’un régime d’éviction : réintroduire le maximum d’aliments possible tout en maintenant un bon confort digestif.
Pourquoi ne faut-il pas rester durablement en phase d’éviction ?
Parce que certains FODMAP sont aussi des prébiotiques, c’est-à-dire des composés utilisés par certaines bactéries intestinales. Une restriction prolongée peut donc avoir des conséquences sur la diversité alimentaire et le microbiote, en plus d’augmenter le risque de déséquilibres nutritionnels.
C’est pourquoi le régime pauvre en FODMAP doit être considéré comme un outil temporaire permettant de mieux connaitre sa tolérance digestive, et non comme une alimentation à suivre à vie.
Et c’est également ce qui explique pourquoi commencer à supprimer successivement le gluten, les produits laitiers, les fruits, les légumineuses ou d’autres catégories entières d’aliments peut rapidement devenir contre-productif.
6.Peut-on faire un régime pauvre en FODMAP seul ?
En théorie, il est possible de trouver de nombreuses listes d’aliments pauvres ou riches en FODMAP sur internet. En pratique, le protocole ne se résume pas à suivre une liste d’aliments autorisés et interdits.
La teneur en FODMAP dépend notamment de la portion consommée. Un aliment peut donc être toléré dans une certaine quantité et devenir problématique lorsque celle-ci augmente. L’objectif n’est pas simplement de savoir « est-ce que je peux manger cet aliment ? », mais progressivement de comprendre quels FODMAP vous tolérez et jusqu’à quelle quantité.
L’accompagnement diététique permet notamment de structurer les différentes étapes du protocole, de maintenir une alimentation suffisamment variée et équilibrée pendant la phase de réduction et de prévoir des substitutions nutritionnellement adaptées lorsqu’un aliment doit temporairement être écarté.
Il permet également d’organiser correctement les réintroductions et d’interpréter les symptômes au fur et à mesure des tests. Car l’alimentation n’est pas le seul élément susceptible de faire varier les symptômes : stress, anxiété, épisode gastro-intestinal, règles ou encore activité physique intense peuvent également intervenir.
Le but n’est donc pas de vous donner toujours plus d’interdits, mais au contraire de parvenir progressivement à une alimentation la plus diversifiée possible et adaptée à votre propre tolérance digestive.
7.Pourquoi consulter une diététicienne-nutritionniste pour un SII ?
Une fois le diagnostic de syndrome de l’intestin irritable posé par votre médecin, nous commençons par faire le point sur vos symptômes, votre transit, vos habitudes alimentaires et votre mode de vie.
Lorsque le protocole FODMAP est indiqué, je vous accompagne au cours de ses différentes étapes : réduction temporaire des FODMAP, tests de réintroduction puis personnalisation de votre alimentation tout en préservant votre équilibre alimentaire.
Vous apprenez ainsi progressivement à reconnaitre les différentes familles de FODMAP, à comprendre vos réactions digestives et à identifier vos propres seuils de tolérance. L’objectif final est que vous puissiez retrouver davantage de confort digestif sans conserver inutilement des restrictions alimentaires, mais également devenir autonome dans vos choix alimentaires.
Vous souffrez d’un syndrome de l’intestin irritable et souhaitez être accompagné(e) dans l’adaptation de votre alimentation ou dans la mise en place d’un protocole pauvre en FODMAP ?
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